L'homme au sexe usuel

2017

Usuel

 

Critique radiophonique (Nikola Delescluse, Paludes, 19 octobre 2018)

 

L’Homme au sexe usuel est la confession d’un jeune homme qui conte son initiation aux sens et la naissance de ses désirs les plus singuliers. Le récit tient tout à la fois du précis d’anatomie et du vertige des expériences. Porté par une langue délirante et crue, il produit un effet de sidération comme on en voit rarement dans la littérature de l’éros depuis Joë Bousquet et Georges Bataille.

 

L'Homme au sexe usuel (Sidérations de l'inconstant)
Le Tripode - 96 pages - 9782370551214 - 15 €

 

Extrait :

« Il reste qu’au vu de mon regard malicieux et de mon port de tête altier mes tares demeurèrent insuffisantes pour me soustraire au désir de certaines femmes entreprenantes, qui, de fait, abusèrent de moi. La question de savoir si je fus une victime consentante peut se poser, compte tenu du caractère avantageux que revêt l’expérience sexuelle. Je me laissai donc faire, pensant que cela pourrait m’apporter quelque chose (curriculum vitae), une prouesse dont me vanter. Mais auprès de qui, puisque je ne côtoie que peu de monde, et personne à vrai dire qui me soit assez proche pour risquer l’étalage de coïts probants ? » 

 

 

Notes de lecture...

 

... par David Besschops, septembre 2017 (publié dans Filiatio n°28)

De la pensée raclant le fond de nos têtes à chaque passage comme une vieille poêle trop usée qui accroche systématiquement les mets, ça produit un boucan de ressassement mêlé à un brouhaha de concassage. C'est un peu l'effet que produit (en plus intime) le nouvel opus (prononcez Aux Puces, tant ce livre vous laissera "intranquille" ou instillera sa démangeaison) de Rémy Disdero (prononcez Dix des Rhodes), auteur vraisemblablement oublié des lignées littéraires puisqu'il s'inscrit ici davantage dans le compagnonnage des obsessionnels compulsifs du bruit intérieur que dans une quelconque coterie de faiseurs d'objets livresques socialement introduits. Paradoxalement, ne rien révéler ici de cet ouvrage me semble la priorité de cet article. Il faudrait pourtant appâter le chaland, amener le lecteur au bord de cet abîme sucré que représente sa lecture. Insistons alors sur le fait que dans ce livre, l'auteur examine avec une telle  attention et acuité de minuscules éléments de sa personne (appelons ça des organes, précisons même qu'il s'agit de "génitoires") qu'il déclenche des distorsions et grossissements inattendus tant des objets observés que de notre compréhension de ce que nous sommes en train de lire. A tel point qu'on ne sait plus qui voit quoi de soi ou de l'autre (auteur ?) en suivant minutieusement les lignes riches de "L'homme au sexe usuel". C'est qu'il s'attache à l'infime, Disdero, et il le fait rouler longtemps, comme un caillou, et il le passe d'une idée à l'autre comme si elles étaient des poches... Et ça cogne, brinqueballe, sur un ton presque docte ou d'enfant attardé. D'enfants étirés par les comportements de l'adulte. Et la folie s'empare de nous, nous hisse et nous emmène pour un tour dans les sous-bois du presque trop conscient. Un livre rare, il est urgent de le dire, de l'ouvrir. Un livre rare qui pourrait être un manuel de précision à l'usage des mains transpirantes ou des zones honteuses de l'être (pour ceux qui croient à l'existence de telles zones).

Petit délice pour l'exemple : "Je me souviens, plus jeune, avoir taché mes slips - par stimuli oculaires (je présente un strabisme divergeant pour cause d'un père castrateur qui ricanait sous cape en me surprenant à lorgner mes congénères)."

 

... par Gaël Pietquin, 21 mars 2017

Conscient d’avoir trahi son idéal de pureté, un homme, répondant au nom de Rémy Disdero, s’engage dans un discours de défense, qui lui permettra peut-être (ou permettra à l’auteur, son double) de se débarrasser d’un sentiment tenace de culpabilité.

Articulé autour de 14 tableaux/fragments, L’Homme au Sexe Usuel est un de ces monologues monomaniaques dont le lecteur ne pourrait jamais se lasser, tant la richesse des thèmes abordés est sidérante. (Paternité, hygiène, question du genre, discrimination, connaissance de soi…)

Le narrateur, donc, jeté contre toute attente dans la fosse du Réel, est surtout l’auteur d’un acte abominable : la sodomie. Mais il s’en défend. Se protège envers et contre tous les systèmes vertueux de notre société, à savoir les religions, les sciences humaines, le système scolaire, la recherche scientifique, le langage et ses modes d’emploi, la Loi,…

Sa stratégie : Tout déconstruire. S’amuser à tendre des pièges. Parodier. Provoquer. Démontrer l’invalidité de tous ces systèmes philosophiquement positifs.

Et en ce qui le concerne, précisément : se confesser à la manière d’un (faux) croyant. User de sa mauvaise foi… fouiller jusqu’aux racines de son histoire personnelle. Exhiber son sexe et son rapport à la chair adverse.

Adverse, en effet. Car sa description de l’acte charnel n’a rien de sentimental: L’amour n’est pas l’union mystique entre deux êtres, non. Mais un combat. La jouissance, un chemin épineux.

D’un point de vue formel, la langue foisonne, froisse tout en souplesse. Disdero use à bonds d’amant de figures de style : orthographe fantaisiste, jeux de mots, contrepèteries, paronomases, doubles sens,…  Il égrène les différents registres du langage: termes savants, mots populaires ou même vulgaires, mots empruntés aux langues et dialectes étrangers.

Rien n’est affirmé, rien n’est logique dans ce texte. Les tableaux se frottent comme des plaques tectoniques. Entraînant toute une série de glissements (dont ceux du narrateur et de la narration). Mais ce constat ne nuit en rien à l’harmonie de l’ensemble.

En fin de compte, L’homme au sexe d’us ne semble ni bon ni mauvais. Ni coupable ni innocent. Le lecteur arrive à concevoir l’aspect anxiogène que sous-entendent la recherche du souverain bien, la recherche du plaisir ou celui du bonheur. Le Réel est dominé par des désirs contradictoires desquels l’individu ne s’échappe que par l’oubli de soi. (Ou l’humour !). La relation à l’autre ne peut se réaliser sans violence ni souillure. La Vie, dans sa splendeur et sa cruauté, n’a aucun Sens.

Ce livre m’a permis, en tant que lecteur, de regarder mon sexe et de réfléchir à son usage. De connaître, enfin, qui je suis, d’où je viens, où je vais.

 

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